Aujourd'hui, en anglais, je me suis crue assez maligne. Avant le cours, j'ai convenu avec moi-même que je ne recommencerai pas une nouvelle année à faire tous les devoirs de la classe sous prétexte de devoir les aider. Le problème que j'avais lors du dernier semestre était mon cruel manque de vocabulaire en thaï et, par extension, mon incapacité à pouvoir leur expliquer quoi que ce soit dans la langue de Shakespeare. Résultat, je finissais toujours par remplir la page moi-même et le système de copiage bien rodé des élèves se mettait en route pour le reste. Donc, aujourd'hui, j'ai dit non, on va pas recommencer ça, je vais expliquer de mon mieux et ils iront voir la prof s'ils ne comprennent toujours pas (j'ai été très optimiste quant au fait que la prof réponde aux questions au lieu de me renvoyer les élèves...). J'en étais à mon troisième cas bien traité et en santé lorsque mon voisin d'en-avant se retourne brusquement comme la prof sort de la classe. La dizaine de personnes qui nous entourent nous observent du coin de l’œil, amusés de voir un élève craquer malgré l'avertissement de leur enseignante. Je jette un coup d’œil à sa feuille, espérant y trouver au moins une réponse à commenter, mais celle-ci est vide. Je soupire et certains se mettent à rire.

L'autre insiste, joue sur son look désespéré, m'explique en long et en large qu'il ne comprend rien et que c'est trop difficile. Je n'ai aucune pitié à son égard comme je sais très bien que les adolescents thaïs ne sont vraiment pas à plaindre, contrairement à leurs collègues féminines, et que c'est la paresse seule qui les empêche de parler anglais, matière qu'ils étudient d'ailleurs depuis beaucoup plus longtemps que moi. Il me supplie de l'aider, ce à quoi je lui réponds d'essayer d'abord. Sa grimace d'incompréhension se brise alors dans un sourire, signe incontestable qu'il avoue vouloir me faire travailler à sa place. Je soupire de nouveau et lui dit que pour 100 baht je le fais pour lui, une blague destinée à lui faire comprendre que non, décidément, je ne vais pas l'aider à tricher. Il se met à rire, naturellement, et je vois cinq nouvelles têtes se tourner vers moi. Une autre voix se joint à la conversation:

"Pour 20, tu me le finis?"

Je commence à rire à mon tour et rend sa feuille au paresseux en face de moi. Il finit par recopier son voisin de table, ce-dernier me jetant un sourire amusé face à mon découragement du système scolaire thaï. L'exercice était tout simple pourtant, et je l'avais finit en quelques minutes. La classe a toute la semaine pour le finir.

Jusque là, je gagne. Pas que j'aille vraiment le choix de faire àa, si je les aide trop, leurs notes montent en flèche et la classe de la farang semble soudainement bilingue alors que personne ne peut alligner 2 mots à l'oral, ou à l'écrit.

À mon école, mes cours - outre anglais, français et les arts - se limitent souvent à écouter. C'est donc avec mon propre livre d'étude que j'étudie le thaï dans ma classe de thaï. La prof, la même que j'avais en août dernier, raconte quelque chose au sujet d'un test de début d'année pour évaluer les élèves. Elle rajoute quelque chose qui fait rigoler les élèves et j'entends mon nom avec une série de prix. Je fronce les sourcils et lève la tête, agacée mais curieuse de savoir à quoi ils jouent. Mais avant que je puisse me faire une idée, ma voisin me tend un paquet de feuilles à passer derrière. Il y en a une de trop, je pense. Puis, à demi-levée pour aller la reporter, je réalise... La prof me voit, sourit et répète:

"Bua tham duay nah."

Éclat de rire de la classe devant la tête que je fais. Ma charmante enseignante vient de me dire d'effectuer le travail aussi. Je retombe sur ma chaise, la feuille devant moi, les petits caractères thais me donnant déjà mal à la tête. J'entends encore des chiffres et je fais le lien avec le cours d'anglais. Sans un mot, et souriant malgré moi, je sors mes dictionnaires: mon honneur d'exchange student et de farang est en jeu. Je reconnais le premier mot facilement: "nom". Suivent ensuite "numéro", "classe", "email", "adresse", "téléphone"... Et un texte à copier pour évaluer notre graphie. J'ai fait en une heure ce qu'ils ont fait en cinq minutes, j'ai attirée une foule considérable autour de mon pupitre et je m'en suis tirée avec une note pas si pourrie malgré tout. J'ai la forte impression que la guerre des devoirs n'en restera pas là (la compétition leur est beaucoup trop amusante quand c'est contre moi) mais j'aime bien que les gens aient arrêté de me demander pourquoi je viens en classe et un peu d'action ne me fait pas peur. Ah! Ce que je pourrais faire avec un an de plus...

PS: J'ai changé de programme cette année. Après le programme spécial qu'on m'avait concocté lors des 2 derniers semestres, je me ramasse dans la classe d'option sciences-math. Ça ressemble au PEI sans art, musique et MTI et avec, en plus, danse thaï (art dramatique...) et bouddhisme. Je pourrais toujours vous dire avec tant de fierté que j'ai étudié de la physique à 40°C, sans calculatrice (jamais), en thaï et que j'ai, encore une fois, rien compris du tout. L'année passée, au moins, Dennis avait des cheveux cools...