“ Un pied devant l’autre, un, deux, un, deux, rester concentrée, un ,deux, un, deux… Il n’y a rien autour de toi, rien du tout, tu es complètement seule, seule au milieu de nulle part et tu marches tranquillement. Un, deux, un, deux, un… Non… Non…”

Ou comment devenir paranoïaque en faisant son marché. Il me faut garder la tète baissée, les yeux fixés sur le bout de mes souliers et compter chacun de mes pas jusqu'à ce que la torture soit finie. Si je dois relâcher mon attention, c’est la fin, le chaos envahit mon cerveau comme une brume épaisse et ce me prend des heures a m’en remettre. Je veux dire, c’est une question de vie ou de mort d’analyser le semblant de cuir qui enveloppe mes orteils. Et si je relève le regard, si j’ose affronter insurmontable, si je cours a ma perte en bougeant la tête, si mes yeux quittent le sol…

“Des lasers, partout. Que me découpent, me scient, me dissèquent. On me dévisage, on m’observe. Et la peur qui, déjà, me montait au nez, me prend soudainement à la gorge et m’étouffe de toute sa grandeur. Je titube, chercher à m’accrocher à quelque chose, mais ces regards brulants me paralysent. L’angoisse me ronge toute entière, je m’effondre!”

La panique fait accélère mon rythme cardiaque. Les odeurs de ce charnier grimpent le long de mes narines pour exploser dans une cacophonie sans précèdent au creux de ma tête. Couchée au fond d’une des centaines d’allées qui forment cet amoncellement d’agression pour les sens, j’avise la pile de viande crue non-réfrigérée qui menace de vouloir choir sur moi. J’essaie de me relever…

[…]

Bon suffit, jamais je ne réussirai à vous faire avaler ca. C’est un peu (trop) exagéré, quoi que tout près de la réalité. Sauf que c’est beaucoup plus drôle qu’effrayant. Ce serait dur d’avoir peur ici, de toute façon.

Le marché donc, puisque c’est évidement le sujet de cet article, ou plutôt les marchés vu qu’il y en a quand même plusieurs, est surement l’endroit le plus exotique que j’ai visité (outre les toilettes de l’école, je veux dire). D’abord, comme je l’ai précédemment mentionné, il s’agit d’un endroit qu’on pourrait décrire comme “attaquant de manière terroriste, à tout coup, vos yeux, vos oreilles et votre nez”. Comprenez qu’on sort de la avec la nausée (et des sacs pleins de bouffe!). Pour vous donner une idée de ce à quoi ça ressemble, je vais vous demander d’imaginer une place d’environ 100x100 m. Ajoutez 99 petits kiosques d’un mètre carré. Ajoutez deux personnes à chacun de ces comptoir. Ajoutez, sur la table de travail, un ou plusieurs des suivants: viande crue, viande bouillie, viande frite, viande grillée, légumes crus, légumes bouillis, légumes frits, légumes grilles, riz cru, riz vapeur, riz collant, riz bouilli, nouilles crues, nouilles cuites, lait de soja, fruits crus, fruits préparés, DURIAN!, gâteaux, petits pains sucrés, petits pains salés, petits pains fourrés, petits pains chinois, bouffe à chien, bonbons en pâte de fève, etc., etc., etc. Maintenant, ajoutez encore deux petits centaines de personnes qui font leur épicerie d’un soir, et un essaim de mouches proportionnel à l’ensemble.

Ou, plus simple, louez n’importe quel film qui se passe en Chine et attendez qu’une scène de poursuite dans un marché chinois arrive. J’ai un studio de cinoche à cote de chez moi!

Ça pue, ça sent bon, ça pue vraiment, on me crie dans les oreilles…, Hum! C’était quoi ca?, Oh la vache! Des boyaux! Vous avez vu le prix des pommes? O.O …

Enfin…

Pour ce qui est des gens qui me dévisagent, c’est la pure vérité. Il n’y a pas une seconde de ma vie (sauf peut-être quand je me barricade dans ma chambre pour dormir ou quand je suis dans la salle de bain…) où je ne suis pas observée. D’ailleurs, au risque de me répéter, j’ai souvent l’impression d’être complètement nue et d’avoir une enseigne lumineuse rose fluo qui me clignote autour. La discrétion assurée quoi. Surtout quand on hurle “FARANG!” sur votre passage. Maintenant, je vous laisse imaginer les crises d’hystérie que peuvent provoquer TROIS FARANGS! qui se baladent ensemble au Big C. Je vous laisse essayer de comprendre la phrase précédente. Bonne journée les amis!

Vive les toilettes turques! Maintenant, vous voulez bien me montrer où sont les toilettes normales? Parce que:
a) Un trou dans le sol, ça me fait totalement peur
b) Y a pas de papier…
c) C’est QUOI ce boyau d’arrosage en plein milieu? O_O

PS: Aujourd’hui j’ai vu un escargot plus gros que ma main. C’était génial.
PS2: Le durian est un fruit absolument gigantesque, absolument puant et absolument dégueulasse. Quelqu’un de ma connaissance se souviendrait-elle de cette fameuse crème glacée au goût de poubelle? Eh bah, c’est ca que ca goûte un durian… Ai-je mentionne que c’est le fruit préfère des Thaïs? La vie est bien faite.
PS3: Notez que je n’ai jamais mangé de durian. Notez que c’est aussi pour cette raison que je peux venir vous affirmer ici que ce fruit est ignoble.
PS4: Non, je ne compte pas y goûter. Après la soupe au boudin de poulet et nouilles légèrement épicées de l’autre jour (deux bouteilles d’eau en trente secondes, ça vous dit quelque chose?), j’essaie de limiter les expériences extrêmes.
PS5: Ça fait un mois que je suis ici.
PS6: Ac na equ evi regchan erfai. ดก้าดกาฟ้ดน่ฟาด้ฟด้ำฟา